Si vous m’aviez dit il y a quelques années que j’aurais un blog sur le véganisme, je vous aurais ri au nez. Au départ, je n’avais pas plus de raisons de devenir végan que qui que ce soit, mais voilà! « Maman, papa… je suis végan. » Comment est-ce que ça a pu arriver? Comment ai-je pu passer d’un gars qui, si on lui avait demandé d’où vient sa viande, aurait répondu « de l’épicerie » à quelqu’un qui crée un blog avec « Vegan » devant son nom? Est-ce que c’est une secte? Est-ce qu’on s’appelle tous « Vegan Untel »? Laissez-moi vous raconter mon cheminement et vous pourrez en juger par vous-mêmes.

Les déclencheurs

Tout a commencé avec un documentaire. Pas les classiques comme Earthlings ou Cowspiracy. Juste un documentaire dans lequel un boucher visite un élevage d’agneaux pour voir ses futurs produits. Jusque là, tout va bien: le boucher regarde les animaux et parle de la viande qu’il va en tirer. Rien à signaler. Puis, l’éleveur l’emmène assister à la naissance d’un agneau. Le boucher s’émeut de la venue au monde d’un petit être innocent… puis, il retourne à sa boucherie.

C’est à ce moment-là que j’ai eu mon premier malaise. Je me suis rendu compte qu’on pouvait s’émerveiller du premier regard qu’un être pose sur le monde, se dire que dans quelques mois, il sera envoyé à l’abattoir et n’y voir aucun conflit.

J’en suis quand même resté là, jusqu’à ce qu’un jour, je me dise: « Bon, je n’aime pas ce que je suis en train de devenir. Je me laisse vivre sans me questionner sur les conséquences de mes choix. Ce n’est pas le genre de personne que je souhaite être. » Et ce jour-là, j’ai pris deux décisions: J’allais consommer de façon responsable aussi souvent que possible et j’allais faire des recherches sur le végétarisme.

Je suis alors tombé sur le livre Je mange avec ma tête d’Élise Desaulniers, une des plus influentes militantes véganes du Québec, et tout ce que j’ai lu à partir de ce moment-là m’a fait l’effet d’un électrochoc.

 

L’éthique animale

Pour résumer, j’ai pris conscience que les animaux souffraient. Dis comme ça, ça a l’air banal. On l’a tous entendu et ça sonne comme quelque chose d’abstrait, mais à ce moment-là, j’ai vraiment intériorisé le fait que la souffrance animale était aussi réelle que celle des humains. J’ai compris que l’intelligence et la capacité à parler ne changeait rien la réalité de cette souffrance. Que ce n’étaient que des critères subjectifs que nous avions choisis en tant qu’humains pour nous distinguer des animaux. Que je ne pouvais pas trouver de critères objectifs et pertinents pour justifier le peu d’égards que j’avais pour la vie d’individus appartenant à d’autres espèces, un critère qui dirait: « Sa vie et son bien-être ne valent rien. Lui-même n’a aucune préférence pour sa survie ou d’intérêt à ne pas souffrir. »

J’ai commencé à regarder des vidéos dont le discours allait à contrecourant des publicités de l’industrie et j’ai découvert que les animaux, loin d’être des machines, avaient des vies subjectives. Que les vaches, par exemple, pouvaient se lier à certaines vaches plus qu’à d’autres. J’ai vu des vidéos d’animaux qui jouent dans les champs et des vidéos d’animaux terrorisés conduits vers l’abattoir, et c’est devenu clair: les animaux ont une expérience de leur vie.

 

L’environnement

J’ai creusé un peu plus loin et j’ai appris quelles conséquences l’élevage industriel avait sur l’environnement. Voici les faits qui m’ont le plus secoué:

  • Selon l’ONU, les émissions de gaz à effet de serre produits par l’élevage industriel (18%) sont plus élevés que ceux de l’ensemble des transports combinés (14%), chiffres de 2006.
  • Un régime carné nécessite jusqu’à 7 fois plus de terres (à cause des céréales et du maïs destinés au bétail) qu’un régime à base de plantes. Ce serait 40 000 000 de kilomètres carrés qui seraient destinés l’alimentation carnée, soit presque l’équivalent de l’Amérique du Nord et du Sud réunis.
  • Selon l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), une journée sans manger de viande équivaut à économiser 5000 litres d’eau.
  • Une alimentation carnée nécessite jusqu’à 12 fois plus d’eau qu’une alimentation à base de plantes.
  • Selon les Nations Unies, 50% des terres arables du Tiers-monde servirait à nourrir le bétail des pays plus riches. Ce serait le tiers des terres arables dans le monde entier.
  • Encore selon la FAO, l’élevage industriel serait la plus importante source de pollution des eaux. 
Après avoir lu tout ça, et bien plus, je me suis demandé pourquoi, pendant toute mon enfance, on m’avait répété ad nauseam qu’il valait mieux utiliser le transport en commun que la voiture, mais on ne m’avait jamais dit que la viande avait un impact sur l’environnement? Et comment se fait-il que maintenant cette information est disponible, la viande soit toujours considérée partout comme « l’option par défaut »?

On sait maintenant que la lutte contre les changements climatiques sera perdue sans un changement de régime alimentaire à grande échelle. Pourtant, on l’entend encore si peu.

 

Le végétarisme

Pour finir, j’ai dû me rendre à l’évidence: on peut se nourrir sans aliments d’origine animale. Les protéines, le calcium, le fer, la vitamine A, etc., se trouvent dans les plantes et il suffit de savoir où regarder. Un régime à base de plantes peut même aider à repousser plusieurs maladies.

Alors je suis devenu végétarien pendant 6 mois, et j’ai continué à m’informer. Je me disais que, d’accord, l’industrie du lait, des oeufs et du miel avaient leurs torts, mais que ce n’était pas parce qu’ils étaient fondamentalement mauvais. Il devait bien y avoir des façons d’obtenir ces aliments que j’aimais tant sans provoquer de souffrance. Malheureusement, j’ai fini par admettre que s’il était plus facile de voir l’animal mort dans un morceau de viande, ces industries avaient autant voire plus de sang sur les mains.

 

Le saut vers le véganisme

Pour les vaches laitières, même si on oublie l’insémination à répétition, les mutilations à froid et les sélections génétiques faites au détriment de leur santé, il reste que les veaux sont toujours retirés à leur mère à la naissance et que la mère peut meugler pendant des jours. La plupart des mâles sont vendus pour leur viande et envoyés à l’abattoir après 3 à 5 mois pour figurer sur la carte d’un grand restaurant. Leur mère les suit quelques années plus tard, quand leur production de lait a trop diminué, vers l’âge de 5 à 10 ans. Leur espérance de vie dans la nature est de 20 ans.

Quant aux poules pondeuse, il y aurait tant à dire: les poussins mâles broyés ou asphixiés à la naissance, les becs coupés pour éviter les comportements violents dus aux situations de stress, les cages minuscules dans les productions ordinaires et l’abattoir ou la mort par épuisement vers l’âge de 2 ans ne sont que quelques-uns des exemples qui me viennent en tête.

Et je vous épargne toutes les histoires d’abus qui font dire à certains: « Ce n’est pas toujours comme ça. » Ici, je n’ai gardé que les pratiques les plus communes.

Et si j’avais déjà fait une croix sur le cuir et la fourrure, je ne pouvais désormais plus accepter que pour donner des avertissements aux consommateurs sur les risques de santé liés à certains produits du quotidien, les entreprises les plus connues jugent encore utile de faire tester leur effets sur les yeux ou l’estomac de chats ou de lapins.

Que ce soit la laine ou le miel, tout ce que je lisais me laissait le même goût amer en bouche. Alors, si je voulais prendre position contre tous ces abus inutiles, il ne me restait plus qu’à addhérer à un mouvement construit autour du refus d’y participer et de les financer. Et c’est tout simplement ça, le véganisme. Rien de plus, rien de moins.

 

Pourquoi en parler?

Il me restait quand même quelques craintes avant de faire la transition: est-ce que j’allais devoir planifier tous mes repas une semaine d’avance? Est-ce que j’allais devoir passer des heures en cuisine pour préparer quelque chose de mangeable? Aujourd’hui, ces idées me font rire. Je ne planifie toujours pas mes repas et je privilégie les recettes faciles et rapides.

Le véganisme n’est peut-être pas la seule cause qui me tient à coeur, mais il faut des gens pour en parler. Présentement, 60 milliards d’animaux terrestres et (on estime que) plus de 1 000 milliards de poissons sont tués chaque année pour la consommation humaine. Avec l’augmentation de la population humaine et les eaux qui se vident plus vite que les espèces se renouvellent, nous avons atteint un point critique pour la planète.

Je ne raconte pas tout ça pour encourager les non-végans à s’autoflageler. Nous sommes généralement si déconnectés de cette réalité que nous pouvons passer notre vie sans que ces doutes nous effleurent. Au contraire, je dis ça parce que je crois qu’on peut tous se dire: « Je n’avais pas vu les choses sous cet angle-là. Maintenant, qu’est-ce que je fais? Est-ce que je veux que mon argent finance ça? »

Devenir végan m’a apporté énormément. J’en sais plus que jamais sur la nutrition, j’ai découvert des aliments que je n’avais jamais goûté, j’ai développé ma créativité en cuisine et je me sens en harmonie avec mes valeurs. Pourtant, je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai changé de valeurs en devenant végan.

Il y a une image que j’aime beaucoup. Imaginez que vous vous retrouviez dans une situation où, pour survivre, vous deviez choisir entre 2 options égales. L’instructeur vous explique que tout ce qu’il y a à savoir sur le choix que vous devez faire: « L’option A provoquera la mort et la souffrance d’autres individus. L’option B ne provoquera pas de mort ni de souffrance ni pour vous, ni pour qui que ce soit. » Quelle option choisissez-vous? Si vous choisissez l’option B, vous avez déjà toutes les valeurs requises pour devenir végan.

Et ce sont ces simples valeurs qui m’ont emmené à conclure que ce que fait le lion à la gazelle signifiait moins pour moi que ce que moi, en tant qu’individu conscient des conséquences de mes choix, je pouvais faire, pour ne pas provoquer la mort d’êtres sensibles. Parce que, comme nous, chacun d’eux a seulement une vie à vivre.

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