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Pour certains, le véganisme relève de la sensiblerie. Pour d’autres, il s’agit du délire d’illuminés incapables de défendre leur point de vue de façon rationnelle. Pour répondre à ces préjugés, j’ai décidé de prendre les choses à revers. J’ai tenté de montrer, en 5 parties, ce qui ne convainc pas les végans dans les arguments les plus souvent utilisés pour justifier la consommation de viande et de produits d’origine animale, en commençant par les arguments sur l’éthique.

 

*** Cet article présente les réflexions qui m’ont poussé à adopter un mode de vie végan. Il n’exprime aucun jugement envers ceux qui n’y adhéreraient pas, mais questionne l’intérêt de certains arguments. ***

 

Quelle thématique vous intéresse?

 

* L’éthique *

 

1. Pourquoi en faire toute une histoire? Ce ne sont que des animaux.

Variante: Il y a d’autres sujets plus importants.

Cochons effrayés

Cet argument se cache, selon moi, derrière tous les autres arguments en faveur de la consommation de viande. Vous savez, cette vague conviction dont on ne questionne pas le sens et qui place tout de suite les animaux dans la catégorie des choses de moindre importance. Ce que sous-entend cet argument, c’est qu’il serait justifié pour les êtres humains de traiter les animaux sans égard à leurs intérêts.

Malheureusement, cette impression n’a pas de valeur d’argument. Pour en faire un argument, il faut la justifier en répondant à ces questions: Selon quels critères certains traitements seraient moins graves envers les animaux qu’envers les humains? Et en quoi ces critères sont-ils pertinents et suffisants?

Mais quels pourraient être les critères ou les arguments qu’on cherche?

 

2. Les animaux ne sont pas intelligents.

Variante: Les animaux ne parlent pas.

 

L’intelligence ou la capacité à parler sont-ils des critères pertinents? Le problème, c’est qu’on sait que certains animaux, comme les cochons, sont plus intelligents qu’un enfant de 3 ans, qu’un chien ou que certaines personnes atteintes de déficiences intellectuelles sévères. Pourtant, se permet-on d’avoir des standards différents quand vient le temps de considérer leurs intérêts fondamentaux, comme celui de ne pas souffrir? Bien sûr que non! Mais la vraie question est plutôt de savoir en quoi le niveau d’intelligence rendrait acceptable la conséquence de notre choix, c’est-à-dire la souffrance de l’animal.

D’ailleurs, la réalité humaine est-elle si loin de la réalité animale pour qu’on perçoive les animaux comme des êtres déconnectés de leur propre vie? L’intelligence et la conscience de soi sont une chose, l’expérience de sa vie en est une autre. Rien ne nous permet de penser que les animaux seraient des machines incapables d’apprécier ou non leur situation, de ressentir du plaisir, de la peur et de la douleur. Si vous accordez ces capacités à un chien, pourquoi les refuser à un cochon?

 

3. Les animaux ne souffrent pas.

Variante: Les plantes souffrent aussi.

 

Selon nos connaissances actuelles, pour ressentir de la douleur, il faut un système nerveux et un cerveau. Les animaux (contrairement aux plantes) en sont pourvus. Oui, certaines plantes émettent des réactions chimiques lorsqu’ils sont soumis à certains stimuli, mais sans système nerveux, la soi-disant « douleur des plantes » reposerait sur un phénomène incompatible avec tout ce que la science comprend de la nature. Et sans cerveau, leur expérience serait au mieux de l’ordre de celle d’un ordinateur qui détecte un virus. Sauf qu’ils n’ont pas le système nécessaire pour enregistrer ou interpréter cette information.

En revanche, tout porte à croire que la vaste majorité des animaux (y compris les poissons) connaîtraient la douleur. Existe-t-il un critère plus pertinent pour juger de nos choix que de tenir compte de la souffrance qu’ils provoquent?

Selon le biologiste Richard Dawkins, d’un point de vue évolutif, on peut même penser que les animaux pourraient ressentir la douleur de façon plus intense que les humainsLa douleur étant un réflexe développé par le corps pour le prévenir d’un danger, l’absence de communication élaborée et la difficulté de transmission de la connaissance chez les animaux pourraient être à l’origine d’un développement plus important de ce réflexe.

 

4. Manger de la viande est un choix personnel.

Variante: Vivre et laisser vivre.

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Le problème est de définir l’expression « choix personnel ». Si on entend par là que c’est un choix permis par la société que nous faisons sans pression externe, d’accord, manger de la viande est un choix personnel. Mais dans ce cas, la portée de cet argument est plutôt insignifiante. Si on entend plutôt qu’il s’agit d’un choix qui n’implique que celui qui le fait, ce n’en est plus un. C’est un choix qui affecte directement un être sensible qui en subit les conséquences, qui souffre et qui est effrayé. En fait, le simple soupçon que les animaux pourraient ne pas être complètement déconnectés de leur expérience de la vie démolit l’argument du choix personnel.

Les végans ne sont pas contre « vivre et laisser vivre ». Ils ont seulement une autre définition de « laisser vivre ».

Vous n’êtes pas convaincu? Que dire des émissions de méthane, de la pollution des eaux et des risques exacerbés d’une nouvelle ère de résistance aux antibiotiques provoqués par l’industrie de la viande? Les conséquences dépassent largement le plaisir du consommateur.

 

5. Manger de la viande est nécessaire.

Variante: On ne fait pas des enfants forts avec du gazon.

 

Sauf que non. Les plus grands organismes de santé s’entendent pour dire qu’un régime végétalien est sain à tout âge. Ce qu’il faut à notre organisme, ce ne sont pas des aliments précis, mais des nutriments, et tous les nutriments essentiels au corps humain (y compris les protéines) se retrouvent dans les végétaux. Il est facile d’éviter les carences en apprenant simplement où les trouver. Quant à la B12, la seule exception, les suppléments (ou les aliments supplémentés) remplissent facilement nos besoins.

Mis à part de rares exceptions, les échecs sont généralement dus à un manque d’équilibre dans l’alimentation, ou à une difficulté à gérer des intolérances alimentaires et des problèmes de santé préexistants. De nombreuses études tendent même à montrer que les végétariens et végétaliens/végans vivraient en moyenne plus longtemps que ceux que ceux qui consomment de la viande.

 

6. Le lion mange bien la gazelle.

Variante: La morale est relative.

 

La relativité des notions de morale ou les comportements d’autres espèces (ou individus) ne justifient pas le fait de fermer les yeux sur les conséquences de nos choix. Notre capacité d’empathie devrait nous rappeler que l’absence de souffrance est préférable à la souffrance.Si je vous demande: Considérant le fait que le lion mange la gazelle, est-il préférable pour un être sentient (ayant capacité de souffrir) de souffrir ou de ne pas souffrir? Vous allez probablement me demander ce que le lion vient faire là-dedans.

Bien sûr, nous ne pouvons pas contrôler tout ce qui se passe sur la planète, mais nous devons être conscients de ce que nous, comme individus, avons la capacité de faire dans notre situation. Le monde est imparfait, mais l’imperfection du monde n’est pas une excuse valable pour provoquer une souffrance qui pourrait être évitée. Sinon, qu’est-ce qui nous empêcherait d’invoquer la mante religieuse pour défendre le cannibalisme?

Il ne faut pas oublier non plus que, contrairement à nous, le lion est un carnivore qui ne peut pas survivre sans les apports qu’il retire de la viande. Il est aussi incapable d’analyser les conséquences de ses actes comme nous le faisons.

 

7. Manger de la viande est naturel.

Variantes:  Nous avons des canines. C’est comme ça que le monde fonctionne.

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Je laisse la parole au philosophe Martin Gibert, parce que je ne pourrais pas mieux dire:

On ne peut passer directement de la prémisse « il est naturel de manger des animaux » à la conclusion « il est moralement acceptable de manger des animaux ». On ne peut déduire ce qui devrait être (le normatif) de ce qui est (le descriptif). Ce serait commettre un sophisme naturaliste. (Voir son steak comme un animal mort, p. 145)

D’ailleurs, si la consommation de viande n’est pas nécessaire, pourquoi le naturel devrait nous dicter une conduite à suivre? Notre mode de vie en général n’est pas ce qu’il y a de plus naturel. Par exemple, nous ne pouvons pas considérer comme naturel le fait que des adultes consomment le lait maternel d’un autre animal 20 fois plus jeune qu’eux et trait par des machines.

 

8. Manger de la viande est normal.

Variantes: Les humains ont toujours mangé de la viande. Tout le monde le fait.

 

On ne peut pas justifier nos actions par les actions des autres ou celles de nos ancêtres. La réalité, les ressources et les connaissances des gens il y a à peine quelques générations n’étaient pas les mêmes que les nôtres. Si votre patron vient vous voir et vous dit que votre méthode de travail provoque des erreurs, pensez-vous que lui dire que tout le monde utilise cette méthode ou que vous avez toujours travaillé de cette façon annulera le problème.

 

9. Et si vous étiez coincé sur une île déserte avec un cochon?

Cochon sur la plage

L’exception ne sera jamais un argument pour prescrire un comportement de la vie de tous les jours. De nombreuses personnes se résoudraient à tuer pour survivre, mais ne le feront jamais s’ils n’y sont pas contraints. Nos choix doivent tenir compte de notre réalité quotidienne et non de situations hypothétiques extrêmes.

 

10. Les animaux sont faits pour être mangés.

Variantes: Si les animaux n’étaient pas faits pour êtres mangés, ils ne seraient pas faits de viande. Dieu veut que nous mangions des animaux.

 

Si vous voulez me donner de l’urticaire, dites-moi: « Les animaux sont faits pour être mangés ». « Faits pour »? Ça ne signifie absolument rien. À moins de penser qu’une entité toute-puissante les aurait créés dans le but précis d’être mangés… Mais seulement certains d’entre eux, bien entendu!

Bien sûr, si vous évoquez une divinité, c’est une autre histoire. Par contre, je suis convaincu que vous pouvez trouver dans vos textes sacrés des passages en faveur du véganisme. Un exemple: « Dieu donne graines et fruits de la terre pour nourriture. Et pour l’homme juste, il n’y a aucune autre nourriture légale pour le corps » (Jésus – L’Évangile des Douze Apôtres).

D’accord, il y a aussi des passages qui semblent plaider en faveur d’une alimentation carnée, mais pourquoi ne pas tenir compte de la souffrance animale et choisir l’empathie? Quel dieu vous en tiendrait rigueur?

 

11. Vous voulez que les producteurs se retrouvent à la rue?

 

La transition vers le véganisme ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra du temps, et ce délai sera aussi celui nécessaire pour que les nouvelles générations se tournent vers d’autres alternatives (d’emploi et de consommation). L’offre s’épuisera au même rythme que la demande.

Et d’ailleurs, on sait que l’élevage et la production de produits carnés sont responsables de plus d’émissions de gaz à effet de serre que l’ensemble des transports combinés. D’une façon ou d’une autre, si on veut lutter contre les changements climatiques, un changement dans notre alimentation à grande échelle sera nécessaire. Autrement, les premiers à être affectés seront les agriculteurs des pays les plus vulnérables, les populations qui en dépendent, et ensuite, peut-être les producteurs des générations à venir qui manqueront de ressources pour nourrir leur bétail.

 

12. Les animaux d’élevage ont une belle vie.

Définissez

Que l’on parle des animaux terrestres destinés à la consommation, des vaches laitières ou des poules pondeuses, il ne faut pas oublier qu’ils sont presque tous issus de sélections génétiques faites au détriment de leur santé, qu’ils ne sont pas libres de vivre en accord avec leur nature et qu’ils finissent presque tous dans les mêmes abattoirs.

Et que dire des poussins mâles tués à la naissance pour la production d’oeufs? Des 92% de vaches laitières au Québec qui passent leurs journées attachées à un poteau sans pouvoir se déplacer? Est-ce qu’on peut appeler ça « une belle vie »?

D’ailleurs, est-ce acceptable de tuer un animal parce qu’il a eu une belle vie (même si cette vie a duré une fraction de ce qu’elle aurait pu durer)? Souvenez-vous:  Il est nécessaire d’identifier le critère selon lequel certains comportements seraient graves lorsqu’ils affectent des humains, mais banals lorsqu’il touche des animaux.

 

13. Et les rats tués dans les champs pour que vous mangiez vos carottes?

Variante: Et votre t-shirt fabriqué par un enfant exploité au Bangladesh?

 

L’imperfection du messager ne change rien au fait que ses choix visent à diminuer au maximum les souffrances que son mode de vie provoque. Le but n’est pas d’atteindre à tout prix un niveau où notre empreinte serait nulle, mais de la réduire au maximum tout en restant en vie.

Pour ce qui est des rats dans les champs, on sait qu’une alimentation carnée requiert plus de terres qu’une alimentation végétale. Il faut bien nourrir le bétail, après tout, et pas seulement d’herbe et d’eau fraîche. Le véganisme réussit donc encore à diminuer le lot de souffrances inutiles. Et pour ce qui est des conditions de vie d’autres humains, chacun est libre de faire les choix qu’il veut pour améliorer à la fois le bien-être humain et animal.

 

14. Les végans sont irrationnels.

Variante: Les végans sont extrémistes.

 

J’espère vous avoir convaincu jusqu’ici que le véganisme n’a rien d’irrationnel ou de démesuré, mais si quelqu’un tient vraiment à ces arguments, à lui de montrer les problèmes du discours et non du messager.

 

15. J’aime trop la viande.

Variante: Bacon!

 

Cet argument est presque un calque de: « Ce ne sont que des animaux ». Il dit: « J’accorde trop d’importance à mon plaisir gustatif pour donner ma préférence au bien-être des animaux. » C’est une vision banale lorsqu’on est convaincu que les animaux ne sont… que des animaux. Mais pensez-y. Si cette « indifférence » implique de faire des choix dans lesquels les intérêts des animaux sont jugés inférieurs à ceux des humains, il faut aussi la justifier.

Jugez-vous encore que le sort d’un animal importerait moins que celui d’un être humain? Dans ce cas, sur quel critère vous basez-vous pour définir la valeur (ou le peu de valeur) d’une vie et en quoi est-il pertinent? Et pourquoi? Et le pourquoi du pourquoi? Creusez un peu plus loin et essayez de trouver un argument objectif et suffisant.

 

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Voir aussi: Pourquoi je suis végan

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