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Si vous avez lu la première partie de cet article sur les arguments contre le véganisme, vous avez déjà une idée des considérations qui poussent les végans à se dissocier des discours et des habitudes de consommation dominantes. Pourtant, il reste encore beaucoup d’arguments fréquemment utilisés pour discréditer ceux qui choisissent d’adopter un mode de vie sans exploitation animale. Plusieurs de celles-ci mettent en évidence des inquiétudes quant à la place réservée à l’homme et à l’impact du véganisme sur les humains.

 

* L’aspect humain *

 

16. Nous sommes au sommet de la chaîne alimentaire.

Que signifie cet argument? Que notre position privilégiée nous épargne d’avoir à nous soucier des ceux qui sont plus bas que nous dans la « hiérarchie »? Le problème de cet argument est qu’il ne dit rien de la souffrance réelle qu’il endosse. D’ailleurs, pourquoi la chaîne alimentaire serait-elle si sacrée si elle ne constitue pas une nécessité absolue pour nous?

D’accord, si nous décidions, en tant qu’espèce omnivore, de ne plus consommer que des aliments d’origine végétale, nous serions la première espèce à s’aliéner l’Organisation inter-espèces de régulation de la chaîne alimentaire (dirigée par M. Lion). Mais soyons honnêtes, ce ne serait pas la première fois que les humains prennent une voie divergente du reste du règne animal. De toute façon, nous n’avons pas mérité notre position en raison d’un instinct carnassier particulièrement développé ou de notre nature de prédateurs, mais grâce à notre capacité à utiliser des outils.

 

17. Nous accordons plus d’importance aux animaux qu’aux humains.

 

À l’heure actuelle, il n’existe pas de système d’exploitation humaine dans lequel des individus seraient mis au monde dans le but d’être engraissés, puis tués après quelques mois. Et le tout, dans l’indifférence généralisée.

L’exploitation, la misère et l’esclavage existent chez les humains, et il faut les combattre, mais en aucun cas, nous pouvons prétendre avoir atteint un niveau où le bétail serait, de façon générale, mieux traité que les humains. Nous parlons d’une pratique systémique banalisée.

Cherchez sur Internet « cage de gestation », « factory farm », « niches à veaux », allez voir les vidéos d’investigation de Mercy For Animals ou de Igualdad Animal et, si vous avez le courage, jetez un coup d’oeil à des vidéos d’abattoirs. Je doute que vous pensiez encore qu’il vaut mieux être une poule pondeuse qu’une personnage âgée en résidence.

 

18. Les animaux n’ont aucune valeur en dehors de ce que nous en faisons.

Éléphant

Nous avons tendance à penser que les humains auraient une valeur absolue ou intrinsèque, tandis que les animaux n’auraient une valeur qu’en fonction de leur utilité. Mais pourquoi cette distinction? Parce que nous pensons être les seuls à posséder une individualité marquée par une personnalité unique, notre capacité à ressentir les choses, à intérioriser nos expériences et à entretenir un rapport non-mécanique avec notre environnement.

Pourtant, la science contemporaine et la neurobiologie montrent que nous sommes loin d’être un cas unique dans le règne animal. Les abeilles et les poissons, qui nous semblent trop différents de nous pour éveiller notre empathie, sont d’ailleurs parmi les espèces qui ont permis d’acquérir une plus grande compréhension de cette réalité.

Si nous admettons que les animaux ont une individualité, nous devons admettre qu’ils ont aussi une valeur intrinsèque, indépendante de l’usage que nous en faisons. Il n’y a donc plus aucune raison pour ne pas les ajouter à notre cercle de considération morale. Pour la première fois dans l’histoire, la science nous donne la possibilité de voir au-delà des différences et d’apprécier ce que nous avons en commun avec les animaux. Pourquoi ne pas laisser notre vision évoluer avec elle?

 

19. Les Chinois mangent du chien et c’est dans leur culture. Nous n’avons pas à les juger.

 

Le fameux argument du relativisme culturel… L’idée est que si une pratique semble immorale pour une culture et morale pour une autre, ce n’est pas une question de moralité, mais de normes culturelles. Pourtant, nous admettons que cet argument ne suffit pas lorsqu’on parle des droits humains: esclavage, cannibalisme, droit des femmes, des minorités ou des communautés LGBTQ, etc. Pourquoi? Parce que nous tenons compte des victimes et pas seulement des pratiques sociales en place.

Si nous admettons que les animaux ont un intérêt à vivre ou à ne pas souffrir, nous devons reconnaître que ces intérêts entrent en conflit avec les pratiques et les codes culturels et questionner leur légitimité. (Est-ce une question de survie? Est-ce qu’il y a des alternatives?) Ça vaut autant pour les chiens en Chine que pour les bovins en Europe et en Amérique.

 

20. Les végans sont hypocrites. Ils essaient d’imiter des produits qu’ils disent trouver dégoûtants.

 

Les végans ne militent pas contre le goût de la viande ou des produits d’origine animale. Beaucoup en étaient adeptes avant d’y renoncer. Même si plusieurs végans perdent leur intérêt pour les imitations avec le temps ou ne s’y sont jamais intéressé, qu’y a-t-il de mal à retrouver une saveur qu’on aimait s’il existe une façon de le faire sans provoquer les conséquences qu’on déplore? C’est un comportement conséquent.

 

21. Les végans sont faibles et maladifs.

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Avez-vous déjà entendu parler de Patrik Baboumian, surnommé « l’homme le plus fort d’Allemagne » (voir la photo ci-dessus)? En 2013, il aurait battu un record mondial en transportant un poids de 550 kg sur 10 mètres. Il était alors végan depuis plus d’un an.

Plusieurs athlètes de niveau olympique sont végans. Au Québec, nous avons même Georges Laraque, un ancien hockeyeur, maintenant propriétaire d’un restaurant crudivore, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a l’air ni faible et ni maladif.

 

22. La souffrance de l’animal n’est pas le but en soi.

 

Si je n’ai pas l’intention de faire souffrir un individu, mais que mes actions provoquent cette souffrance, ce n’est pas une raison suffisante pour excuser et répéter ce comportement néfaste.

 

23. C’est trop dur d’être végan. On ne peut plus rien manger.

 

Allez faire un tour sur des sites de cuisine végétalienne ou sur Instagram. Vous pourriez passer votre vie à manger à votre faim sans faire 2 fois la même recette.

Quant aux desserts ou aux collations, ce ne sont pas les choix qui manquent. Nous sommes habitués aux recettes standard avec du lait et des oeufs, mais il existe une version végétalienne de pratiquement tout. Ajoutez le mot « végan » ou « végétalien » lorsque vous cherchez une recette sur Internet et le tour est joué!

Tout ce que vous aurez à sacrifier, ce sont certains produits surtransformés dans l’allée des biscuits ou des petits gâteaux, mais honnêtement, c’est sans doute une très bonne chose.

 

24. Les végans parlent d’empathie. Le véganisme est donc un appel aux sentiments et non à la logique.

 

L’empathie n’est pas la propension à s’émouvoir sans réfléchir du sort de tout ce qui vit. C’est la capacité de comprendre que certaines réalités désagréables ou horribles pour moi le sont aussi pour d’autres êtres vivants avec qui je partage certaines caractéristiques pertinentes. Mettre en opposition empathie et logique est absurde. La logique permet de comprendre que mon intérêt à ne pas souffrir (ou mourir) est égal à celui de tout être vivant ayant la capacité de souffrir.

 

25. Le goût/la texture des imitations (fausses viandes, fauxmages) n’est pas le même que celui du produit original.

 

Alors, n’en mangez pas. Il y a une multitude d’aliments beaucoup plus sains et nutritifs à manger. Mais si vous me dites que ce qui vous retient de devenir végan, c’est que la texture de telle imitation végane n’est exactement pas celle à laquelle vous êtes habitué et que ça vous semble un trop gros sacrifice à faire, je vais peut-être penser que vous vous cherchez des excuses.

 

26. Le tofu est plein d’OGM.

Variante: Les végans consomment plein de produits transformés, des produits qui contiennent de l’huile de palme destructrice pour l’environnement.

Soja

D’abord, le soja OGM est généralement destiné au bétail et le tofu que l’on retrouve sur les tablettes des épiceries (au Canada) en est dépourvu. Cela dit, rien ne vous oblige à en manger. Il est possible d’adopter une alimentation végétalienne et de bouder le soja.

Ensuite, pour ce qui est des produits transformés, chacun est libre de consommer des fausses viandes ou de cuisiner à partir des aliments les plus sains qui soient. Quant à l’huile de palme, rares sont les aliments végétaliens qui en utilisent. Les compagnies reconnaissent que beaucoup de végans boycottent l’huile de palme. Plusieurs la considèrent même comme non-végane en raison de ses conséquences sur les populations d’ourangs-outans.

 

27. La tourtière à la viande, c’est dans notre culture.

 

D’un côté, vous avez la culture, un concept. De l’autre, vous avez des êtres réels qui meurent inutilement. La culture ne souffrira pas si on arrête de vénérer le rôti de porc. Par contre, le porc va souffrir toute sa vie pour l’idée que vous vous faites de la culture. Quand la culture signifie aussi souffrance, c’est qu’il y a quelque chose en trop.

 

28. Je suis reconnaissant envers les animaux de donner leur vie pour que je puisse me nourrir.

 

Les animaux ne donnent pas leur vie. Elle leur est enlevée dans une expérience qui provoque de la terreur, de la détresse et de la souffrance, et que votre reconnaissance n’atténue pas le moins du monde.

Ce discours est compréhensible lorsqu’on parle de populations pour qui la viande et le seul moyen de subsistance, mais pas chez celui qui, ayant l’embarras du choix, décide d’acheter un steak (sachant que celui-ci est issu le plus souvent de l’élevage industriel).

 

29. Le véganisme exige trop de sacrifices.

 

Quand on y pense, changer son mode de vie peut être vu comme un sacrifice minuscule ou démesuré. Minuscule parce que notre choix semble être une goutte d’eau dans un océan d’indifférence. Démesuré parce qu’on se dissocie d’habitudes de consommation du quotidien.

Pourtant, je continue de croire que dans un système capitaliste, les sacrifices ne sont pas le devoir de super-héros qui risquent leur vie, mais l’affaire de tout individu qui s’oppose à une pratique standard.

Il y a quelques années, le véganisme m’aurait paru démesuré. Aujourd’hui, je considère que sacrifier un goût qu’on aimait pour en adopter de nouveaux, c’est un sacrifice minuscule, mais dont l’effet (même à l’échelle d’un seul animal épargné) est considérable.

 

30. Il vaut mieux ne pas y penser.

 

Fermer les yeux sur les conséquences de ses choix ne peut être perçu comme une position acceptable. Des atrocités sont perpétrées chaque jour au nom de la mode ou de l’hédonisme alimentaire, non seulement pour le foie gras que vous servirez à vos invités à Noël, mais aussi pour le duvet de votre manteau ou la laine de vos bas.

Qui croit devoir fermer les yeux sur quelque chose se voit bientôt forcé de les fermer sur tout.

– Jean-Jacques Rousseau (philosophe végétarien)

 

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