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Après les 30 premiers arguments et contre-arguments sur le véganisme, je me suis rendu compte que j’avais encore peu parlé des arguments relatifs au bien-être des animaux. Je m’en tiendrai aux pratiques courantes sachant que certains points peuvent grandement varier d’un endroit à l’autre.

 

* Le bien-être animal *

 

31. La différence, c’est qu’un chien est un animal domestique, et un cochon, un animal d’élevage.

Chien et cochon

Reconnaître les distinctions créées par les humains pour classer les animaux selon leur usage ne dit rien de la véritable nature de ces espèces. Cet argument devrait, au contraire, nous emmener à réaliser que ces classifications ne sont que des constructions culturelles. En fait, il n’y a pas de différence de valeur entre un chien et une dinde, sinon dans le regard que nous portons sur eux. Certains d’animaux d’élevage peuvent devenir des animaux de compagnie aussi affectueux, et parfois plus intelligents que les chiens.

 

32. D’accord pour la viande, mais les poissons, ce n’est pas grave.

 

Les poissons ne sont pas des végétaux. Nous savons aujourd’hui qu’ils peuvent utiliser des outils (eau, sol, aquarium), reconnaître leurs congénères, ajuster leurs comportements face à différents individus (humains ou autres poissons) qu’ils ont des personnalités distinctes et des émotions. Des études récentes ont même montré que les poissons, notamment ceux gardés en captivités, étaient susceptibles de faire des dépressions.

Selon l’éthologiste Jonathan Balcombe, leur propension à être trompés par les mêmes illusions d’optique que les humains serait une preuve qu’ils ne perçoivent pas les choses de manière mécanique comme le ferait un robot, mais qu’ils interprètent les informations auxquelles ils sont exposés.

Quant à leur capacité à souffrir, elle ne fait plus aucun doute. Une expérience dans laquelle des poissons se voyaient injecter une solution acide a montré que ceux-ci étaient susceptibles de changer leurs habitudes et leurs préférences afin d’être exposés à des analgésiques dissous dans l’eau. Ce comportement n’a pas été observé chez les poissons qui n’avaient pas reçu cette solution.

Alors, imaginez: mourir de décompression, d’asphyxie ou écrasé dans un bateau sous ses semblables est sans doute une expérience atroce.

 

33. Les vaches donnent du lait, on le prend. Où est le problème?

Les veaux

À la naissance ou dans les jours qui suivent, les veaux sont retirés à leur mère. Le site La famille du lait (outil de promotion de l’industrie laitière) affirme que cette mesure serait prise pour le bien du veau dont le système immunitaire ne serait pas encore performant.

En réalité, ces mesures ne seraient pas nécessaires dans un contexte sain ou naturel. Au contraire, cette privation serait plutôt une source de stress susceptible d’affaiblir ses défenses, en plus d’empêcher la mère de transmettre ses anticorps à son petit lors de allaitement, une étape essentielle au développement de son système immunitaire.

On sait que l’expérience de cette séparation provoque de la détresse chez la vache qui peut beugler durant des jours. Et le veau n’est pas en reste:

Au moment de la séparation d’avec leur mère, ils ont d’autant plus besoin d’eau qu’ils en perdent beaucoup pendant qu’ils courent inlassablement le long de la clôture en beuglant.

Ministère de l’Agriculture de l’Ontario

Les veaux sont ensuite isolés dans des stalles individuelles au milieu de parcs à veaux, puis décornés (avec ou sans anesthésie). Les mâles seront castrés et nourris avec les restes de lait (ou du lait recomposé), ou au grain (volontairement anémiés) avant d’être vendus et abattus pour leur viande entre l’âge de 14 semaines et de 2 ans. Si certains sont tout de même élevés pour la viande de boeuf, ils sont généralement considérés comme venant de races moins profitables et se retrouvent à l’abattoir plus tôt que tard.

 

Les vaches laitières

Les femelles seront inséminées vers l’âge de 14-15 mois pour qu’elles puissent commencer à produire du lait. Au cours de leur vie, elle seront inséminées aussi souvent que nécessaire afin d’éviter que leur productivité ne diminue. Elles seront souvent traites par des machines et 92% d’entre elles passeront leurs journées attachées à un poteau en stabulation entravée. Elles connaîtront des infections (comme les mammites, lorsque leurs pies sont trop sollicités) et quelques-unes auront leur flanc percé, scellé par un bouchon, pour faciliter le travail des éleveurs, des vétérinaires et des chercheurs. Entre l’âge de 5 et 10 ans, leur productivité ayant décru, elles seront vendues puis envoyées à l’abattoir. Leur espérance de vie dans la nature est de 18 à 22 ans. Joli portrait champêtre, non?

Vous trouverez bien sûr différentes variantes de ce scénario. Par exemple, certains veaux mâles vivent avec leur mère plus longtemps et certaines vaches ont la chance de se prélasser dans les champs. Mais ultimement, ces animaux sont traités comme des outils remplaçables et finiront presque toujours dans une assiette.

 

34. D’accord, mais les produits laitiers sont essentiels dans une alimentation équilibrée.

 

Faux. Le calcium est essentiel, mais vous pouvez en obtenir dans une alimentation végétalienne avec certaines graines, certaines noix, le chou frisé, le persil, le brocoli, l’ail, le tempeh, le tofu, les haricots blancs, la mélasse verte, les boissons végétales enrichies, les algues, etc.

N’oubliez jamais que lait maternel des vaches est conçu pour répondre aux besoins de croissance d’un veau non sevré et non d’un adulte humain sevré. Il contient des hormones de croissance qui ne seraient pas appropriés aux humains, voire nocifs et cancérigènes.

Et quand vous verrez une ixième pub de lait montrant des enfants maladifs qui ne consomment pas de lait et des enfants en santé qui en consomment, souvenez-vous qu’à l’échelle mondiale, les trois quart des adultes sont intolérants au lactose.

 

35. Ça ne fait pas mal aux poules de pondre des oeufs.

 

Pour avoir des oeufs, il faut une poule. Pour avoir une poule, il faut des oeufs fécondés. En général, les mâles qui naissent dans l’industrie ne sont pas engraissés pour devenir de la volaille puisqu’ils ne peuvent pas atteindre le même poids malsain que les « poulets de chair ». Des sexeurs font le tri. Les femelles deviendront des poules pondeuses tandis que les mâles seront immédiatement broyés ou asphyxiés.

Les femelles sont sélectionnées génétiquement pour être des super pondeuses. Elles passeront leur vie enfermées dans des cages où l’espace disponible sera parfois à peine plus large qu’une feuille de papier. Certaines auront le bout du bec coupé à froid.

Leur corps ayant du mal à supporter le rythme de ponte, elles seront exposées à plusieurs problèmes de santé (ponte interne, descente d’organes, déficiences en calcium qu’elles devront puiser dans leur squelette). Des cas de poules trouvées agonisant dans leur cage ou dans un conteneur sont fréquemment mis au jour dans des vidéos d’investigation. Vers l’âge de 2 ou 3 ans, elles seront envoyées à l’abattoir, pendues par les pattes et électrocutées avant d’être tuées. Leur espérance de vie dans la nature peut dépasser 10 ans.

 

36. Je consomme des oeufs de poules en liberté.

Poussins

Vous pouvez enlever les cages de l’équation et imaginer un entrepôt bondé ayant parfois le luxe d’une fenêtre. Et même s’il y a des productions plus soucieuses du bien-être et de l’espace des poules, pour les poussins tués à la naissance, les problèmes de santé et l’abattoir à 2 ou 3 ans, c’est bonnet blanc, blanc bonnet.

Et si pour contourner le problème, vous songez à consommer des oeufs de poules urbaines, vous constaterez que tout n’est pas tout rose non plus pour la santé des poules.

37. Ça pourrait être fait différemment.

 

Lorsque j’étais végétarien, je me confortais en pensant que l’industrie laitière et celle des oeufs n’étaient pas mauvais en eux-mêmes. S’il était possible d’obtenir ces produits sans provoquer de souffrance, ça signifiait que mes choix ne cautionnaient pas les pratiques de ces industries… non?

Le problème, c’est que cette vision ne tient pas compte des conséquences des choix que nous faisons, mais de possibilités imaginaires. Il y a des raisons (économiques) pour lesquelles ces industries ont adopté certaines pratiques: envoyer l’animal à l’abattoir, empêcher ses déplacements, se débarrasser des mâles, etc. Et même si on réussissait à changer ces pratiques, l’exploitation de ces animaux reste exigeante et met leur santé à rude épreuve.

 

38. Je consomme de la viande bio.

 

Il existe une confusion. Biologique ne signifie pas éthique ou sans souffrance. Des règles régissent souvent le bien-être des animaux, plus souvent que dans l’élevage industriel, mais elles sont largement insuffisantes, et l’élevage biologique n’est pas exempt d’abus. Au final, l’animal finit dans le même type d’abattoir et ne bénéficie d’aucun traitement de faveur.

De plus, pour les humains, la consommation de viande bio ne diminue pas certains problèmes de santé liés à la consommation de viande comme les maladies cardiovasculaires, certains cancers ou le cholestérol.

 

39. Je suis welfariste, donc je considère qu’on peut améliorer le bien-être des animaux sans mettre fin à leur exploitation.

 

L’amélioration du bien-être des animaux est une bonne chose. Cependant, il est impossible d’éliminer toute souffrance dans un système où les animaux sont considérés comme des produits ou des outils.

Du point de vue welfariste, chaque mesure prise au détriment de leur bien-être doit être justifiée et nécessaire. Alors, si la consommation de viande ou de produits d’origine animale n’est pas nécessaire, ne serait-il pas plus logique de conclure qu’aucune pratique nuisant à leur bien-être (comme leur exploitation et leur mise à mort) n’est justifiable et d’opter pour le véganisme?

 

40. Je ne mange que de la viande d’animaux tués humainement.

 

Il n’existe aucun abattoir certifié sans souffrance. La viande éthique est un mythe, et s’il existe des élevages dans lesquels les animaux peuvent parfois pâturer à l’extérieur, sont anesthésiés lors d’opérations et ne sont pas issues de sélections génétiques faites au détriment de leur santé, est-ce sensible et bienveillant de tuer un être qui lutte pour sa survie quand des alternatives existent?

 

41. Nous ne pourrons jamais éliminer la consommation de viande.

 

C’est probablement vrai, mais passer de milliards d’êtres qui souffrent inutilement chaque année à quelques milliers ou à quelques centaines serait un gros poids en moins pour tous les êtres pour qui cette expérience serait épargnée, même si ça signifie qu’ils ne naîtront jamais.

 

42. Les éleveurs aiment leurs animaux.

 

Si on exclu l’élevage intensif, il y a des éleveurs affectueux qui se soucient du bien-être de leurs animaux. Malheureusement, comme le fait remarquer Élise Désaulniers dans son livre Vache à lait, pour conserver leur marge de profit, même les éleveurs les mieux intentionnés sont souvent obligés de faire des choix au détriment du bien-être des animaux d’élevage: garder les animaux enchaînés à l’intérieur ou signer leur arrêt de mort dès qu’ils sont moins rentables.

L’amour de certains éleveurs pour leurs bêtes n’a pas beaucoup d’impact si l’animal finit à l’abattoir.

 

43. Il est possible de tuer des animaux sans les faire souffrir.

 

Il est théoriquement possible de tuer un animal sans le terroriser ou le faire souffrir, par exemple, en le tuant dans son sommeil. Mais cette possibilité n’a rien à voir avec les pratiques actuelles, donc elle n’est pas pertinente. Même si les mesures en place dans les abattoirs visent à étourdir ou rendre inconscients les animaux avant de les tuer, plusieurs témoignages de travailleurs laissent croire que ces pratiques seraient loin d’être infaillibles et que plusieurs animaux seraient conscients lorsqu’ils sont égorgés ou ébouillantés. Et c’est sans compter les opérations à froid, les problèmes de santé ainsi que la surexploitation que connaissent ces animaux tout au long de leur vie.

Même la chasse ne peut pas garantir l’absence de souffrance de l’animal. De toute façon, comment justifier le fait d’enlever la vie à un être sensible si ce n’est pas nécessaire? Quel critère permet de justifier le fait de réserver aux animaux ce sort qu’on ne réserverait jamais aux humains?

 

44. J’ai diminué ma consommation de viande. Je fais ma part.

Cochon enfermé

Félicitations! C’est un bon début, mais ça ne doit pas être l’objectif ultime. En diminuant votre consommation, vous pouvez diminuer votre empreinte environnementale et participer à la souffrance de moins d’êtres vivants. Cependant, vous ne pouvez pas justifier la souffrance que vos choix provoquent encore en invoquant le fait que vous en provoquiez moins (si vous êtes en mesure d’en provoquer encore moins).

La diminution de votre consommation ne peut pas être vue comme un cadeau que vous faites aux animaux et, par extension, à ceux que vous continuez de manger aussi.

 

45. Je ne suis pas responsable de ce système et de la souffrance qu’il provoque.

 

Acheter, c’est voter. Sans demande, il n’y a pas d’offre. Et même si nous ne pouvons pas réduire l’offre à néant en changeant nos habitudes de consommation, nous ne pouvons pas dénoncer un système et y participer. Il faut cesser de mettre la faute sur le système et admettre que nos choix ont des conséquences et y réfléchir.

 

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