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Dans les 45 premières mauvaises raisons de ne pas être végan, j’ai surtout parlé d’éthique et de bien-être animal, mais le véganisme est étroitement lié à l’alimentation. Il touche donc à des enjeux de santé, de biologie, mais aussi à des enjeux environnementaux. Ces arguments, je les ai tous lus ou entendus quelque part. Il y a beaucoup de choses à en dire et j’ai préféré développer de long en large sur ces questions importantes plutôt que de négliger quelque chose.

 

* La santé *

 

46. Je connais une personne qui s’est rendue malade avec une alimentation végétalienne.

Variante: J’ai essayé d’arrêter la viande et je me suis senti malade/affamé.

Gorille faim

Peu importe l’alimentation que nous choisissons, il est essentiel qu’elle soit équilibrée et riche en nutriments. Si vous coupez la viande, les produits laitiers et les oeufs et ne les remplacez par rien, vous allez effectivement vous rendre malade. Selon American Dietetic Association et Dietitians of Canada, un régime végétarien/végétalien bien géré et supplémenté en vitamine B12 peut combler tous nos besoins. En fait, les carences sont faciles à éviter dès que nous adoptons de nouvelles habitudes saines.

Apprenez simplement où aller chercher vos vitamines et minéraux essentiels et consommez suffisamment de calories. Il n’y a aucune raison pour qu’une alimentation végétalienne équilibrée soit synonyme de faim, mais il faut parfois laisser à son corps le temps de s’habituer à un régime moins riche en graisse.

Si vous avez encore des craintes, essayez le végétalisme un certain temps et passez des prises de sang pour vérifier si vous avez des carences. Au besoin, consultez un nutritionniste.

 

47. Nos besoins en vitamine B12 prouvent que nous sommes carnivores.

 

À l’origine, la B12 est le produit d’une contamination bactérienne. Certains animaux produisent dans leur corps, de façon endocrinienne. Autrefois, une certaine quantité de B12 pouvait être obtenue dans les aliments (végétaux) non lavés et dans les résidus de terre. Aujourd’hui, les normes d’hygiène ayant beaucoup changé (et pour le mieux), cette source de B12 n’est plus disponible. Il faut donc choisir entre une alimentation carnée et la supplémentation qui, soit dit en passant, suffit à empêcher tout risque de carence.

 

48. Les végans sont carencés en protéines.

hummus

Nope. Ils ne le sont pas. C’est vrai que les sources de protéines animales ont un avantage. Elles contiennent généralement tous les acides aminés que le corps a besoin d’aller chercher dans l’alimentation. Pour les sources de protéines végétales, ce n’est pas toujours le cas, à l’exception de quelques aliments comme le soya (tofu, tempeh, edamames) ou le quinoa. Mais l’important est d’obtenir tous les acides aminés essentiels dans son alimentation quotidienne (et non pas dans un seul repas).

Le simple fait d’avoir une alimentation végétalienne variée nous assure d’obtenir tous les acides aminés essentiels de sources que nous ne soupçonnons même pas quand on parle de protéines. Même du pain complet avec du beurre d’arachide ou de l’hummus nous procurent tous ces acides aminés. Les protéines qu’un végétalien trouve dans le soya, les légumineuses, les noix, les céréales et même les légumes suffisent largement.

 

49. Je suis du groupe sanguin O, donc j’ai besoin de viande.

 

Je suis aussi du groupe sanguin O et croyez-moi, je me passe très bien de viande. La théorie des besoins nutritionnels basés sur notre groupe sanguin ne repose sur aucune preuve scientifique. Elle n’a été soutenue par aucune étude depuis son invention il y a 20 ans. Même la théorie sur l’ordre d’apparition des groupes sanguins dans l’évolution de l’humanité, sur laquelle elle se fondait, serait erronée. Le groupe sanguin O ne serait pas apparu avec les chasseurs-cueilleurs et le groupe sanguin A avec l’agriculture, par exemple.

 

50. Le soya est mauvais pour la santé.

 

Les campagnes de peur autour du soya seraient non fondées. Non, le soya n’augmenterait pas les risques de cancer du sein ou de récidive, il ne diminuerait pas la testostérone, il n’augmenterait pas les risques de maladies cardiovasculaires (mais les réduiraient), etc. Même pour les personnes souffrant d’hyperthyroïdie, le soya ne serait un problème qu’en cas de carence en iode ou dans les heures entourant la prise de médicaments. En fait, la position des Diététistes du Canada ne fait état que des bienfaits du soya sur la santé.

Quant aux fameux phyto-œstrogènes que l’on trouve dans le tofu, ce ne sont pas des œstrogènes. Ce sont des molécules chimiquement semblables aux œstrogènes qui auraient plutôt des effets bénéfiques pour la santé et aucun effet « féminisant ». N’oubliez pas que les populations asiatiques, reconnus pour leur bonne santé et leur longévité, en consomment depuis des milliers d’années.

On sait aujourd’hui que la bière contient aussi des phyto-œstrogènes et que le lait de vache contient des œstrogènes… mais ça, on n’en parle pas.

 

51. Mon médecin m’a dit que j’avais besoin de viande.

 

Ce n’est pas dans tous les pays que le médecins reçoivent une formation en nutrition. Un médecin peut vous expliquer quels sont les aliments à éviter en relation avec une condition particulière. Par contre, ils n’ont pas toujours les connaissances nécessaires pour expliquer comment les besoins nutritionnels des humains sont comblés. Pour cela, informez-vous plutôt auprès de nutritionnistes.

 

52. Il n’y a aucun bénéfice pour la santé à adopter une alimentation végétalienne et aucune étude en faveur du végétalisme.

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Différentes études ont suggéré que la consommation de viande, de produits laitiers et d’oeufs augmentaient les risques de souffrir de certaines maladies ou problèmes de santé comme:

 

Au contraire, une alimentation végétarienne/végétalienne serait associée à:

Encore faut-il ne pas abuser des huiles végétales et des produits transformés. Le végétalisme n’est peut-être pas un remède miracle facile et sans défi. (Il faut parfaire ses connaissances en nutrition et se supplémenter en vitamine B12.) Mais ses bénéfices sont aussi renversants.

 

* La biologie *

 

53. Les premiers hommes étaient chasseurs-cueilleurs, donc nous sommes conçus pour manger de la viande.

 

Il est évident que la nourriture normale de l’homme est végétale.

– Charles Darwin

On sait que nos ancêtres primates étaient très probablement frugivores, comme la majorité des grands singes. Et on sait que les dents des australopithèques étaient adaptés à la mastication de végétaux et à la consommation de fruits. Alors, à quel moment la consommation de viande s’est-elle répandue et pourquoi? Selon l’historien Peter N. Stearn, il est probable que l’adoption d’un mode de vie nomade ait exposé nos ancêtres à des plantes inconnues et potentiellement toxiques. La consommation de viande est alors devenue moins périlleuse que celle des végétaux. Nous ne mangerions donc pas des animaux par nature, mais pour des raisons historiques et pratiques.

On sait aujourd’hui que les humains ne possèdent ni les canines, ni le système digestif, ni la longueur des intestins des carnivores, ni même leur capacité à consommer de la viande crue sans danger. Ça ne veut pas dire qu’un régime omnivore serait mésadapté pour les humains, mais que notre biologie ne fait pas de nous des mangeurs de viande.

 

54. C’est la consommation de viande qui a permis au cerveau des premiers humains de se développer.

 

L’effet bénéfique de la cuisson de la viande sur le développement du cerveau de nos ancêtres est une théorie largement répandue. Cependant, ce serait aussi vrai pour la cuisson des végétaux:

En faisant cuire les légumes, les racines, nos ancêtres auraient permis au cerveau d’accéder plus facilement et de manière plus importante à des molécules importantes pour son développement.

Pascal Picq, paléo-anthropologue

Mais ce qui est important, c’est de comprendre pourquoi la consommation de viande aurait permis au cerveau de nos ancêtres de se développer.

 

L’hypothèse de la charge métabolique

Première hypothèse: la digestion de la viande (cuite) étant plus aisée que celle des végétaux crus, « la charge métabolique qui pesait sur l’intestin a pu être dédiée au développement d’un gros cerveau. » Très bien, mais est-ce encore pertinent aujourd’hui?

Des études ont montré que les végétariens/végétaliens avaient de plus hauts niveaux d’énergie et un métabolisme plus rapide que les omnivores. Il semble donc qu’aujourd’hui, un régime omnivore soit plus exigeant pour le métabolisme que le végétarisme et le végétalisme. Donc, si vous vous préoccupez de l’énergie qui reste pour votre cerveau après la digestion, optez pour le végétalisme.

 

L’hypothèse des nutriments et minéraux

Une autre hypothèse est l’accès aux acides gras de type DHA, à l’iode, au fer, au zinc, au cuivre et au sélénium dans le poisson. Par contre, on sait qu’avec les ressources que nous avons aujourd’hui et une alimentation équilibrée, ces nutriments sont accessibles pour un végétalien. Même le DHA peut être converti à partir d’acides gras d’origine végétale (ALA) si nos apports en oméga-3 et en oméga-6 sont équilibrés. (Une supplémentation végane en DHA est aussi possible, voire souhaitable pour les enfants, les femmes qui allaitent et les personnes âgées.)

Donc, même si on admet que la viande a joué un rôle dans le développement du cerveau de nos ancêtres, admettons aussi que nos conditions et nos moyens de subsistance ont évolué.

 

* L’environnement et la faune *

 

55. Apparemment, le végétalisme n’est pas si bon pour la planète.

Femme mangeant la terre

Lorsqu’on compare une alimentation végétalienne et une alimentation omnivore standard, on se rend compte qu’un régime carné:

  • exigerait 10 fois plus d’énergie;
  • utiliserait 6 à 10 fois plus de terres;
  • émettrait 10 fois plus de gaz à effet de serre;
  • gaspillerait 5 à 25 fois plus d’eau;
  • causerait 5 à 17 fois plus de pollution des eaux.

On sait qu’un kilo de viande équivaut à faire 250 kilomètres en voiture. On sait aussi que la quantité de céréales données au bétail (seulement aux États-Unis) pourrait nourrir 840 millions de personnes. En fait, en considérant l’alimentation du bétail, un régime carné exigerait 930 kilos de céréales par personne contre 180 kilos pour une personne végétarienne.

Quant à l’empreinte écologique de l’alimentation d’un Américain moyen, elle est estimée à 9,6 hectares (7,6 hectares pour les Canadiens). Une empreinte écologique soutenable devrait être de 2,1 hectares, voire moins. Et c’est sans parler des réserves de poissons qui pourraient pratiquement disparaître d’ici 2050, de la dégradation des sols et de la déforestation causés par une alimentation dite standard.

Pas si bon pour la planète, vous dites? Je dirais plutôt que ce serait salutaire.

 

56. Une étude a montré qu’à calories égales, la laitue a une plus grosse empreinte écologique qu’une tranche de bacon.

 

Par où commencer? Une tranche de bacon contient beaucoup de calories. Une tête de laitue, beaucoup moins. Il faut beaucoup de laitue pour arriver au même apport calorique qu’une tranche de bacon. Et plus la quantité d’aliments augmente, plus la quantité d’énergie nécessaire à la production augmente. Un végan ne remplacera pas le bacon dans son BLT par 3 ou 4 têtes de laitue. (Il faudrait appeler ça un LLLLT et personne n’en voudrait.) Ce calcul ne reflète donc pas l’empreinte écologique d’une alimentation végétarienne ou végétalienne par rapport à celle d’un régime omnivore, surtout quand on considère qu’un régime américain standard est trop calorique pour nos besoins réels.

Pour calculer l’empreinte écologique réelle d’une alimentation végéta*ienne, il faut tenir compte de la variété, de la quantité et de l’empreinte écologique des aliments qui sont consommés. Ainsi, en 2009, la Foodwatch a déterminé qu’un régime végétarien émettrait 50% moins de gaz à effet de serre qu’un régime omnivore. On parle de 87% moins pour un régime végétalien et jusqu’à 94% moins pour un régime végétalien bio.

 

57. Les végans détruisent la forêt Amazonienne pour leur soja.

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La déforestation au Brésil inquiète. En 2015, on estimait qu’elle était à 80% de sa taille estimée en 1970. Ça signifie qu’elle aurait perdu plus de 760 551 kilomètres en 45 ans. Cependant, selon la FAO (pour l’ONU), 70% de la forêt Amazonienne rasée a été défrichée afin de créer des pâturages pour le bétail. De plus, 80% du soja qui y est produit (souvent OGM) serait destiné à nourrir les animaux d’élevage de partout dans le monde.

La forêt est détruite pour le soja, le soja est mangé par le bétail, le bétail n’est mangé par des végans.

 

58. Le lait d’amande gaspille plus d’eau que le lait de vache.

 

Est-ce que l’eau nécessaire à la production du lait d’amande serait responsable à elle-seule des problèmes de sécheresse en Californie? C’est ce qu’on serait porté à croire en suivant l’actualité. Pourtant, dans les faits, il faudrait 23 gallons d’eau pour fournir un verre de lait d’amande contre 30 gallons pour le lait de vache (en considérant les besoins en eau des vaches laitières). C’est sans compter que le beurre et le fromage exigeraient encore plus d’eau.

Selon le Pacific Institute, 80% de l’eau utilisée en Californie serait destinée à l’agriculture, et 47% de celle-ci serait utilisée pour la viande et les produits laitiers. Moins de 10% des ressources en eau destinées à l’agriculture seraient utilisées pour les amandes.

Le lait d’amande peut apparaître comme un intrus pour certains parce qu’il fait compétition au lait de vache, mais il n’a pas à prendre toute la responsabilité. Le lait d’amande a ses défauts, mais vous pouvez toujours lui préférer le lait de soja qui n’a besoin que de 9 gallons d’eau pour un verre.

 

59. Si nous ne mangeons pas de viande, les animaux d’élevage vont disparaître.

 

C’est vrai qu’en Amérique du Nord, les animaux d’élevage n’auraient plus beaucoup d’espaces naturels disponibles pour vivre s’ils étaient relâchés dans la nature dès demain. Mais on sait tous que ça n’arrivera pas du jour au lendemain.

Même s’il existe des moyens pour s’assurer que ceux qui seraient sauvés soient protégés, il reste que 56 milliards d’animaux condamnés chaque année à une courte vie qui ne leur appartient pas, ça peut difficilement être considéré comme une richesse en matière de biodiversité.

Faut-il vraiment continuer d’inséminer des poulets sélectionnés génétiquement pour devenir trop lourds pour ce que leur pattes peuvent supporter après quelques mois? Le mieux que nous pourrions faire serait d’arrêter de forcer leur reproduction à des fins de consommation.

 

60. Si nous ne chassions pas, les proies seraient tuées par leurs prédateurs naturels et souffriraient encore plus.

 

Tous les animaux qui sont considérés comme des proies ne sont pas tués par des chasseurs ou des prédateurs. La survie d’un certain nombre d’individus permet à une espèce de ne pas s’éteindre au bout d’une génération. En considérant cela, il y a donc 2 conséquences possibles à la chasse:

  1. Le prédateur tuera des proies autres que celles que le chasseur a déjà tuées. Donc, la chasse est responsable de souffrances supplémentaires.
  2. Le prédateur, qui contrairement aux humains, a besoin de viande pour survivre, mourra parce qu’il n’a plus assez de proies à manger. Donc, encore une fois, la chasse est responsable de souffrances supplémentaires.

Dans tous les cas, la chasse ne remplace pas la prédation animale. Elle crée des victimes en plus. La nature s’occupe bien d’elle-même. Elle favorise les individus les plus forts et ceux qui ont le plus de chances de survivre. La proie la plus agile sèmera le prédateur et trouvera sa nourriture. C’est comme ça que la nature se régule et que les meilleurs gènes se transmettent au fil des générations.

Un chasseur avec une carabine ne fait pas de distinction. Il ne favorise aucun individu.

 

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