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On y arrive! Les 15 derniers arguments que j’ai regroupés sous le nom fourre-tout de « Pour qui ils se prennent, ces végans? » Des arguments en lien avec les intentions ou la soi-disant inconsistance des végans.

 

 * Pour qui ils se prennent, ces végans? *

 

61. Les végans prétendent ceci, les végans disent cela, les végans ont fait ça, les végans sont agressifs…

Manifestation droit des animaux

Wô! Un instant. Le véganisme est une idéologie visant à diminuer autant que possible la souffrance animale (et/ou notre empreinte écologique). La définition est large et laisse beaucoup de place aux débats et aux nuances. Le véganisme ne prescrit pas d’opinion, de militantisme et encore moins d’attitude à adopter. Il ne prescrit même pas de s’identifier au véganisme. Chaque personne qui adopte un mode de vie végan le fait avec sa personnalité et son bagage personnel.

Il y a des végans revendicateurs, d’autres discrets, certains passionnés de cuisine et certains dont vous ignoriez tout du mode de vie avant de les croiser dans une manifestation avec une pancarte parlant d’amour à la main.

Aussi, même si j’essaie de donner une vision générale des idées les plus admises dans le mouvement végan, les opinions que je partage sur ce blog ne reflètent que mon interprétation du véganisme.

 

62. Les végans jugent tout le monde.

 

Imaginez que vous passiez votre vie à tenter de faire le bien autour de vous et que vous ayez l’impression qu’un groupe minoritaire cherche à vous faire dire que vous faites du mal chaque jour. Et tout ça pour quelque chose qui vous semble normal. Aïe!

Plusieurs personnes voient la volonté de sensibilisation au sein du mouvement végan comme une tentative de les mettre sur le banc des accusés et de questionner leurs valeurs. Pourtant, le but de l’exercice n’est pas de diaboliser qui que ce soit.

Le carnisme (idéologie selon laquelle la consommation de viande est normale, naturelle et nécessaire) est profondément ancré dans notre société. Le véganisme cherche à mettre en évidence ses failles et ses conséquences. Il veut convaincre plus de personnes que la consommation de viande est un enjeu éthique plutôt que d’un simple choix personnel.

Ce n’est que ça. Il n’y a pas d’un côté les « carnistes » et de l’autre, les végans qui lutteraient pour défendre leur honneur. Nous sommes tous des individus qui apprenons chaque jour et dont la vision du monde change tout au long de leur vie.

 

63. Allez donc dire aux *peuples autochtones, Inuits, etc.* que c’est mal de manger de la viande.

Variante: Les peuples des pays les plus pauvres ne pourraient pas survivre sans viande.

 

Le véganisme ne cherche pas à imposer une alimentation végétalienne aux populations qui n’ont accès qu’à la viande pour survivre. Il veut sensibiliser ceux qui ont les alternatives nécessaires aux problèmes que la consommation de viande soulève. Éliminer toute souffrance animale dans le monde est impossible, mais la réduire au maximum selon les possibilités de chacun n’implique pas d’encourager quelqu’un qui n’a pas d’alternative à la viande à risquer sa vie.

Malgré tout, je crois que les arguments en faveur du véganisme sont valables en eux-mêmes, sont logiques et peuvent trouver écho peu importe la culture dans laquelle ils sont entendus. Il faut seulement que les alternatives à la viande soient accessibles et en quantité suffisante.

 

64. Les végans devraient laisser leurs animaux domestiques en liberté. C’est de l’exploitation aussi.

Deux chats devant un champ

Pas du tout. La reproduction des animaux domestiques à des fins commerciales et la vente d’animaux dans les animaleries soulèvent des problèmes éthiques que beaucoup de végans dénoncent. Cependant, considérant l’environnement dans lequel nous vivons (spécialement dans les grandes métropoles et dans les pays nordiques), l’adoption d’un chien ou d’un chat par des gens qui veillent à leurs besoins et à leur santé est ce que ces animaux peuvent espérer de mieux. Peut-on en dire autant d’un animal d’élevage qui sera exploité jusqu’à épuisement avant d’être envoyé à l’abattoir?

 

65. Je ne pense pas comme vous. C’est mon opinion et j’aimerais que vous la respectiez.

 

Ouh! Sujet délicat. Est-ce que le véganisme est une question d’opinion comme une autre?

Si quelqu’un tient compte des arguments et des faits sur lesquels se fonde le véganisme et qu’il peut expliquer pourquoi son point de vue est différent, alors son opinion a le mérite de ne pas être gratuite.

Mais que dire de ceux qui tiennent à leur « opinion » selon laquelle les animaux ne souffriraient pas, sans vérifier ce qu’en dit la science? Doit-on simplement admettre que leur opinion est sacrée et aurait autant de valeur que le fait scientifique qui la contredit ou y a-t-il des enjeux qui valent la peine d’être défendus (dans le respect)?

D’un côté, le carnisme nous pousse à croire que la consommation de viande serait un choix banal qui n’implique que celui qui le fait. De l’autre, les arguments sur lesquels se fondent le véganisme suggèrent que nous devrions considérer l’animal comme un sujet qui subit les conséquences de ce choix. De ce point de vue, la vie animale aurait une valeur intrinsèque (indépendante de ce qu’on en fait). Par conséquent, les enjeux éthiques seraient trop lourds pour qu’une opinion vite faite ou l’argument de choix personnel soient jugés acceptables. Admettons que ça pose un problème de communication.

Attention. Je ne dis pas que les végans doivent confronter tous ceux qui ne partagent pas leur vision, mais que rendre accessibles les arguments du véganisme n’est pas une atteinte au droit de chacun de se faire sa propre opinion.

 

66. J’ai le droit de manger de la viande.

Variante: Je ne fais rien de mal, puisque c’est légal.

 

Bien sûr que vous avez le droit. Les lois permettent de manger la viande de certains animaux dont la consommation est jugée acceptable dans une culture donnée.

Mais les droits et libertés doivent-ils nous exempter de nous questionner sur leurs conséquences? Légal et éthique ne sont pas des synonymes. Imaginez une société dans laquelle tout ce qu’on pourrait dire d’un comportement et de ses implications, serait: Est-il légal ou non? Ce serait une société d’automates.

 

67. Le véganisme est une religion/une secte.

 

Une religion est un ensemble de croyances définissant le rapport de l’homme avec le sacré et marqué par des pratiques et des rites. Tandis qu’une philosophie est une manière d’interpréter le monde qui guide nos comportements. Le véganisme ne se fonde pas sur des croyances, mais sur des faits scientifiques (souffrance animale, réchauffement climatique) et des arguments logiques. Il n’implique pas de pratiques précises ou de rites, mais des changements dans nos comportements.

Finalement, les animaux ne sont pas considérés comme « sacrés » puisqu’ils ne sont pas perçus comme appartenant « au domaine séparé, intangible, inviolable du religieux » et devant « inspirer crainte et respect ».

La question est réglée. Le véganisme est une philosophie et non une religion.

 

68. Ils sont en vie grâce à nous, donc on peut en faire ce qu’on veut.

 

Pourquoi cet argument n’est-il pas pertinent quand nous parlons d’humains? Nous condamnons les parents qui croient avoir un droit de vie ou de mort sur leurs enfants seulement parce qu’ils les ont mis au monde. Pourquoi serait-ce banal ou évident lorsque nous parlons d’animaux d’élevage? Cet argument tourne en rond parce qu’il suppose que nous considérions déjà que la vie des animaux ne leur appartient pas.

 

69. Ce n’est pas immoral de manger de la viande puisque la morale est une invention.

Panneau de direction bien et mal

D’accord. Mais que diriez-vous de laisser tomber le terme « moral »? Pourquoi ne pas simplement mettre dans la balance les intérêts de chaque être sentient (sensible) impliqué dans un choix et tenter de choisir de façon objective l’option qui provoque le moins de conséquences négatives? Ça vous semble une bonne alternative au problème de la morale?

Dans ce cas, le résultat est simple: l’intérêt de l’animal à survivre et à ne pas souffrir a plus de poids que l’inconfort de l’être humain qui doit choisir quelque chose d’autre à manger. Entre une vie de souffrance qui se termine dans la terreur et 5 minutes de plaisir gustatif, il y a un fossé gigantesque.

 

70. Si vous ne mangez pas d’animaux, ils vont quand même finir à l’abattoir, mais ils seront gaspillés et ils seront morts pour rien.

 

Non, grâce à la loi de l’offre et de la demande. Les producteurs tiennent compte de la demande et, quand elle baisse, ils n’ont d’autre choix que de ralentir la reproduction des animaux d’élevage. Par conséquent, moins d’animaux naissent, déjà condamnés à une brève existence et à des souffrances inutiles.

Il y a des millions de végans dans la monde. Les producteurs ne peuvent pas se permettre d’élever des animaux juste au cas tout ce beau monde recommencerait soudain à manger de la viande.

 

71. Nous rendons un service aux animaux en leur donnant la vie.

 

Alors là, 2 possibilités:

  1. soit nous admettons que certaines expériences ne valent pas la peine d’être vécues et qu’on ne devrait pas forcer la conception d’un être si on sait que son sort ne sera pas enviable;
  2. soit nous admettons que toute vie vaut la peine d’être vécue. Donc, nous devrions conclure que la vie d’un animal a une valeur et que nous ne devrions pas l’en priver ou la rendre malheureuse si nous n’y sommes pas obligés.

 

72. C’est correct de manger des animaux qui ont été élevés en liberté.

 

Pourquoi? Parce qu’ils ont été heureux et qu’ils ont eu une belle vie? Supposons que ce soit vrai, en quoi est-il plus acceptable de manger des animaux qui ont été heureux que des animaux qui ont été malheureux? On ne fait pas de faveur aux animaux en respectant leur nature et leur bien-être. C’est ce qu’on devrait faire naturellement sans penser que notre respect devrait être récompensé… par leur vie.

 

73. Je connais des éleveurs/producteurs et ce sont des personnes aimantes et attentionnées.

 

Bien sûr que ce sont des bonnes personnes. Les vidéos d’animaux violentés qu’on trouve sur Internet ne représentent certainement pas le comportement de la majorité des producteurs. Malheureusement, leur proximité avec leur bétail ne signifie pas qu’ils soient conscients du fait que les animaux souffrent réellement et qu’ils ont un intérêt à ne pas souffrir. Rien n’oblige un producteur à se questionner sur ce qu’est le spécisme ou sur les raisons de considérer les intérêts de l’animal quand on évoque la question du choix personnel.

Quelqu’un qui travaille dans le milieu, déjà conditionné à l’idée qu’il est normal de manger de la viande, peut facilement voir tout ce qu’il fait de bien pour le bétail comme un signe de son affection, mais leur mise à mort comme une évidence à laquelle il était préparé. Ça laisse malheureusement moins de place à l’empathie. Du moins, une empathie authentique et désintéressée.

 

74. C’est trop cher d’être végan.

Sandwich rempli d'argent

Pas nécessairement. Si vous remplacez la viande par des produits transformés, oui, une alimentation végétalienne vous coûtera plus cher. Par contre, si votre alimentation est surtout composée de soja (tofu, tempeh, edamames), de céréales, de pseudo-céréales, de légumineuses, de légumes, de fruits, et d’une quantité raisonnable de noix et de graines, vous pourriez même faire des économies. N’oubliez pas que les aliments les plus chers dans les épiceries sont généralement les produits carnés.

 

75. Si les végans sont contre le fait de tuer des prédateurs, ils sont donc complices de la souffrance que ces prédateurs provoquent pour leurs proies. S’ils sont pour le fait de tuer des prédateurs, ils n’ont donc rien contre la souffrance animale. Dans tous les cas, le véganisme est inconsistant.

 

Ce petit jeu d’esprit est habile, mais complètement à côté de la plaque. Le véganisme ne cherche pas à éliminer toute souffrance dans le monde, mais celui qui dépend de nous et que nous pouvons éviter de provoquer. Pourquoi?

D’abord, parce que si nous décidions d’éliminer toutes les espèces prédatrices pour sauver toutes les proies (et seulement celles qui sont exclusivement herbivores ou frugivores), l’équilibre de la nature serait débalancée. Les proies deviendraient trop nombreuses pour les ressources disponibles et elles mourraient de faim. Donc, nous ne réglerions rien.

D’un autre côté, nous savons que les animaux carnivores, contrairement à nous, ne peuvent pas survivre sans viande et que leur mort aussi serait une source de souffrance. Il n’y a pas de réponse simple à ce problème ou de façon de choisir la solution qui diminuerait le plus les souffrances dans le monde animal.

Par contre, refuser de participer à la souffrance d’une centaine de millions d’animaux qui meurent chaque année pour les humais, ça, c’est à notre portée. Et tout de suite. Et pas besoin d’essayer de changer la réalité. Tout ce que ça prend, c’est un simple « non ». Dire non à la viande et aux produits d’origine animale.

Si vous attendez de voir un monde sans aucune souffrance avant d’agir, rien ne bougera jamais. On ne change rien à moins d’accepter d’être soi-même le changement qu’on veut voir dans le monde. Peu importe si on a l’impression d’être une goutte d’eau dans l’océan. Parce que c’est faux. On peut être une bulle d’air, un maillon essentiel vers un futur plus respirable.

 

* Conclusion *

 

Je pourrais continuer longtemps, mais j’ai décidé de m’arrêter ici, ce qui ne veut pas dire que j’ai fait le tour de la question. Je garde, par exemple, les questions de nutrition pour d’autres articles. Mais je crois que déconstruire certains arguments et montrer leurs failles est une étape essentielle pour commencer à regarder les choses de façon plus objective.

C’est ce qui nous permet d’arrêter de penser qu’on touche à une espèce d’évidence lorsqu’on dit: « Bah… Pourquoi en faire toute une histoire? Ce ne sont que des animaux… »

 

N’hésitez pas à partager d’autres arguments et contre-arguments dans les commentaires.

 

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